BPMN, EPK ou Value Stream : le choix des CIOs en 2026
Eva Mickler
8 Min. de lecture · Date : avril 2026 La modélisation des processus métier était pour de nombreux ...
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En 2026, le rôle de DSI (directeur des systèmes d’information) a évolué, passant de la simple direction informatique à une fonction de leadership transverse au sein de l’entreprise. Selon Gartner, 83 % des DSI ont contribué de manière significative à des initiatives d’entreprise ces trois dernières années, en dehors du périmètre IT classique. Pourtant, seulement 48 % des initiatives numériques atteignent leurs objectifs métiers. Ce paradoxe révèle l’enjeu réel : il ne s’agit pas de technologie, mais bien de comportement managérial.
Les points clés à retenir
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Les conclusions du Gartner 2026 CIO and Technology Executive Survey révèlent une tendance claire : la majorité des DSI (directeurs des systèmes d’information) s’investissent désormais dans des initiatives stratégiques qui dépassent le cadre traditionnel de l’IT. Qu’il s’agisse du développement de nouveaux modèles économiques, de l’intégration post-fusion-acquisition (M&A) ou de transformations opérationnelles, leur périmètre s’élargit. Ainsi, 57 % des DSI subissent une pression accrue pour améliorer la productivité, tandis que 52 % doivent composer avec des contraintes budgétaires. Les piliers A.R.T. (Agile Realignment – réalignement agile, Risk Readiness – préparation aux risques, Tenacity – persévérance) décrivent les leviers qu’ils actionnent pour y répondre.
Seulement 48 % des initiatives numériques atteignent ou dépassent leurs objectifs métiers. Pour les DSI, cela signifie qu’une moitié des projets ne tient pas ses promesses. Le problème ne réside rarement dans l’outil ou la plateforme, mais plutôt dans la traduction entre technologie et enjeux business. Un DSI qui ne maîtrise pas ce pont génère des projets techniquement irréprochables… mais inadaptés aux réalités de l’entreprise. Les DSI qui réussissent sont ceux qui ne définissent plus leur rôle par la technique seule, mais comme des co-architectes de la stratégie d’entreprise.
Les chasseurs de têtes expérimentés et les membres de conseils d’administration chargés de pourvoir les postes de DSI en 2026 citent systématiquement trois domaines de compétence qui vont au-delà des qualifications techniques. Le premier est la communication avec les différentes parties prenantes. Un DSI qui s’exprime dans un langage adapté au conseil d’administration, au conseil de surveillance, aux directions métiers et à son propre équipe, tout en ajustant le contenu en fonction du public, crée une cohérence à tous les niveaux. Il ne s’agit pas ici d’une question de rhétorique, mais bien de structure : quels indicateurs clés conviennent à quelle discussion, quel niveau de détail attend chaque partie prenante, quelle décision nécessite quel travail préparatoire.
Le deuxième domaine est la vitesse de décision face à des informations incomplètes. Dans les cultures IT traditionnelles, une analyse approfondie précédait systématiquement toute décision. En 2026, la rapidité est devenue un facteur de qualité à part entière. Celui qui passe trois mois à analyser perd face à ses concurrents, capables de décider en trois semaines et de corriger le tir au cours des neuf semaines suivantes. Les DSI expérimentés acceptent qu’une partie de leurs décisions devront être ajustées ultérieurement. Ils sont prêts à en payer le prix. L’alternative serait de ne prendre aucune décision jusqu’à ce que la situation ait évolué d’elle-même.
Le troisième domaine est la gestion des écosystèmes. En 2026, la direction des systèmes d’information ne fonctionne plus comme un ensemble isolé, mais comme un réseau composé d’équipes internes, de partenaires externes, de fournisseurs cloud, de prestataires SaaS et de spécialistes divers. Un DSI qui orchestre activement ce réseau dispose d’un levier plus puissant que s’il tentait de tout gérer en interne. La capacité à entretenir des relations avec les partenaires, à structurer stratégiquement les contrats et à intégrer de manière ciblée des capacités externes est devenue une discipline à part entière.
Ce qui freine les DSI en 2026
Ce qui fait le succès d’un DSI en 2026
La pénurie de talents constitue le quatrième facteur, transversal, qui impacte ces trois domaines de compétence et en renforce l’importance économique. Ceux qui maîtrisent ces trois compétences sont activement recherchés et reçoivent régulièrement des offres de cabinets de chasse de tête spécialisés en 2026. Ceux qui ne les possèdent pas perdent en visibilité sur le marché. Les DSI qui ne planifient pas leur propre développement se font distancer par des évolutions plus rapides que la durée moyenne d’occupation du poste. Dans ce contexte, la recommandation de Gartner d’adopter un leadership augmenté par l’IA (expérience humaine combinée à l’efficacité et aux insights des machines) n’est pas qu’un simple mot à la mode, mais un véritable levier pour améliorer la qualité des décisions sous pression temporelle.
Pour les DSI qui souhaitent façonner activement leur rôle, un plan de développement structuré s’avère précieux. Contrairement aux formations classiques en leadership, celui-ci est davantage conçu pour exploiter des situations concrètes du quotidien.
Ce plan paraît simple, mais sa mise en œuvre est exigeante, car il nécessite de dégager du temps dans un calendrier déjà chargé. Les DSI qui réservent chaque semaine vingt pour cent de leur temps à leur développement adoptent une nouvelle méthode de travail en douze mois. Ceux qui tentent de se former en marge de leur activité opérationnelle, le soir ou le week-end, abandonnent généralement au bout d’un trimestre. La priorisation de son propre emploi du temps est la première discipline à maîtriser.
Cette approche est étroitement liée à la délégation. Un DSI qui continue de prendre seul toutes les décisions liées à l’IT opérationnelle n’aura pas le temps de se consacrer aux trois domaines de compétences mentionnés plus haut. En revanche, celui qui responsabilise son équipe de direction, en acceptant que les erreurs fassent partie du processus d’apprentissage, se libère du temps pour le travail stratégique. La délégation ne repose pas uniquement sur la confiance, mais aussi sur l’architecture des processus : des droits de décision clairs, des voies d’escalade documentées et des revues hebdomadaires des priorités rendent la délégation opérationnellement fiable.
Un autre aspect structurel concerne la collaboration avec le conseil d’administration. Les DSI qui rendent régulièrement compte devant le conseil de surveillance ou le comité de direction apprennent plus rapidement à parler le langage de la direction générale. Ceux qui évitent ces échanges ou les délèguent à leur équipe passent à côté d’un terrain d’entraînement irremplaçable, que ni une formation executive ni une simulation externe ne peuvent pleinement compenser. Les meilleurs DSI préparent chaque réunion du conseil comme si c’était la dernière. Ils prennent cette opportunité au sérieux, au lieu de la considérer comme une simple routine.
Un point souvent sous-estimé est la force de l’équipe dirigeante au sein de l’IT. Les DSI qui ont constitué une équipe de direction solide peuvent se consacrer à des initiatives stratégiques sans que l’exploitation opérationnelle n’en pâtisse. À l’inverse, ceux qui n’ont pas renforcé leur deuxième niveau se retrouvent systématiquement ramenés aux détails techniques dès qu’ils tentent de travailler sur des sujets stratégiques. Investir dans ses collaborateurs directs est donc l’un des leviers les plus importants pour élargir son propre champ d’action.
Autre aspect clé : la volonté d’expliquer publiquement ses décisions, devant son équipe, le comité de direction et l’écosystème. Les décisions prises à huis clos et imposées sans justification perdent en acceptation. Celles dont la logique est transparente et compréhensible gagnent l’adhésion des équipes qui les mettent en œuvre. Ce n’est pas une révélation, mais en 2026, cette transparence devient un critère de différenciation plus marqué qu’il y a cinq ans, car la rapidité des transformations laisse moins de place aux structures autoritaires.
Enfin, intéressons-nous à la mesurabilité de l’évolution du rôle. De nombreux DSI ne disposent d’aucun système de feedback sur leur propre performance managériale en dehors des évaluations formelles du comité de direction. Les retours à 360 degrés réguliers, les échanges francs avec le PDG et les relations de mentorat avec des DSI expérimentés d’autres entreprises sont des outils qui accélèrent significativement le développement personnel. Ceux qui les utilisent prennent activement leur rôle en main, au lieu d’attendre la prochaine évaluation externe.
Un autre indicateur de maturité du DSI réside dans la gestion de son propre agenda. Celui qui planifie sa semaine en réservant, au-delà du mode réactif, des plages dédiées aux sujets stratégiques, démontre une conception différente de son rôle. Un créneau réservé le jeudi après-midi aux partenariats stratégiques a plus de valeur qu’un séminaire semestriel qui se contente de répartir les tâches. La discipline dans la gestion de l’agenda est une compétence sous-estimée, mais redoutablement efficace, qui influence directement l’impact du DSI.
La relation avec la direction financière de l’entreprise est un deuxième indicateur de maturité. Un DSI qui échange chaque semaine d’égal à égal avec le DAF bénéficie de conditions budgétaires différentes de celui qui prépare une présentation PowerPoint une fois par trimestre. Le langage de la finance, la logique de la planification des flux de trésorerie et le lien stratégique entre l’allocation des capitaux et les décisions technologiques font partie des fondamentaux du DSI. Celui qui ne les maîtrise pas encore peut les apprendre, mais la courbe d’apprentissage est plus longue que le rythme trimestriel ne le permet.
Un troisième point, de plus en plus évoqué dans les échanges entre dirigeants en 2026, est la résilience personnelle. Le rôle s’est complexifié ces dernières années, le rythme s’est accéléré, et les attentes du comité de direction et du conseil de surveillance sont plus élevées. Celui qui ne gère pas activement son énergie bascule en quelques années dans un schéma de burn-out, préjudiciable à la fois à l’entreprise et à sa carrière. Les meilleurs DSI réservent délibérément du temps pour la réflexion, l’activité physique et les échanges en dehors de leur entreprise. Il ne s’agit pas de bien-être, mais d’une hygiène professionnelle de base, directement liée à la qualité de leurs décisions.
L’alignement agile (*Agile Realignment*) consiste à affiner le portefeuille tous les quelques mois plutôt qu’une fois par an. La préparation aux risques (*Risk Readiness*) implique d’anticiper des scénarios pour des perturbations plausibles, au lieu de simplement y réagir. La ténacité (*Tenacity*), enfin, désigne la capacité à maintenir des initiatives stratégiques sur plusieurs cycles de direction, même lorsque la pression trimestrielle envoie des signaux contraires.
Le DSI (*Directeur des Systèmes d’Information*) est responsable de l’ensemble de la pile technologique et du paysage opérationnel des systèmes. Le CDO (*Chief Digital Officer*), lui, se concentre souvent sur les modèles économiques numériques et l’expérience client. Le CAIO (*Chief AI Officer*), une fonction plus récente, est dédié à la stratégie et à la gouvernance de l’IA. Dans les petites organisations, ces rôles sont fréquemment fusionnés en une seule personne, tandis que dans les grandes entreprises, ils sont distincts mais étroitement coordonnés.
Commencez par occuper des rôles métiers en dehors de la sphère purement IT : gestion de produits, intégration post-fusion (*M&A*), programmes de transformation. Entraînez-vous à communiquer avec le comité de direction, par exemple en participant à ses réunions. Développez un réseau avec d’autres DSI pour échanger sur des situations concrètes. Les programmes exécutifs dans les écoles de commerce peuvent être utiles, mais ils ne remplacent pas l’expérience terrain.
Pas besoin d’avoir la maîtrise technique d’un ingénieur en *machine learning*, mais une compréhension solide de l’économie des modèles, de la qualité des données, des exigences de gouvernance et de la dynamique des écosystèmes. L’objectif est de pouvoir mener des discussions stratégiques sur un pied d’égalité, pas de former des modèles soi-même. Un DSI qui n’utilise jamais ChatGPT, Claude ou Gemini dans son quotidien révèle une lacune qui transparaît souvent dans les échanges.
Les retours d’expérience des grandes organisations indiquent qu’entre 15 et 25 % du temps de travail devrait être dédié aux échanges avec l’écosystème : fournisseurs de cloud, partenaires SaaS, cabinets de conseil et réseaux sectoriels. En dessous de ce seuil, on perd le contexte marché. Au-delà, on néglige son propre fonctionnement. L’équilibre dépend de la maturité de l’organisation et de la dynamique du secteur.
DORA après 15 mois : retours des premiers audits
Contexte : DORA (Digital Operational Resilience Act) est une réglementation européenne entrée en vigueur en janvier 2023, imposant aux institutions financières des exigences strictes en matière de résilience opérationnelle numérique.
Source de l’image à la une : Pexels / Vlada Karpovich (px:7433910)