Désindustrialisation silencieuse : l’écosystème de succession manquant
Bernhard Liebl
7 min de lecture L'Allemagne perd chaque année une substance économique que personne ne comptabilise. ...
62 pour cent des DSI compromettent leur gouvernance de l’IA faute de connaissances. 76 pour cent considèrent l’IA non régulée comme une menace sérieuse. Et seulement 44 pour cent comprennent pleinement les risques liés à l’IA. Le Logicalis CIO Report 2026 dresse un tableau désolant : la direction informatique investit massivement dans l’IA, mais n’a pas le contrôle de sa gouvernance.
Le Logicalis CIO Report 2026 repose sur une enquête menée auprès de plus de 1 000 DSI à travers le monde. La conclusion centrale est inconfortable : plus les organisations investissent dans l’IA, moins elles maîtrisent sa gouvernance. 94 pour cent déclarent une augmentation de l’appétit pour l’IA au sein de leurs entreprises. Parallèlement, 62 pour cent reconnaissent qu’ils font des compromis en matière de gouvernance de l’IA faute de connaissances adéquates.
Il ne s’agit pas d’un risque abstrait. 76 pour cent des DSI interrogés considèrent l’IA non régulée comme une menace sérieuse pour leur organisation. Concrètement, cela signifie que les métiers utilisent des outils d’IA sans validation préalable de la direction informatique, que des données transitent vers des modèles sans vérification préalable de conformité, et que des décisions sont prises sur la base de résultats dont personne ne peut attester la qualité.
L’étude identifie la racine du problème : près de 9 organisations sur 10 manquent de savoir-faire technique interne pour piloter l’IA de façon responsable. Cela concerne non seulement le niveau opérationnel. Cela concerne le conseil d’administration lui-même : celui qui ne comprend pas les risques liés à l’IA ne peut pas prendre de décisions éclairées.
La conséquence est un cercle vicieux. Les DSI investissent dans l’IA parce que la pression métier l’exige. Mais ils n’investissent pas simultanément dans les structures de gouvernance nécessaires pour sécuriser ces investissements. Résultat : l’« IA fantôme » se répand, les infractions aux règles de conformité deviennent plus probables, et le conseil d’administration n’est informé des problèmes qu’une fois qu’ils ont atteint un stade critique.
À compter du 2 août 2026, les obligations complètes relatives aux systèmes à haut risque du règlement européen sur l’IA (EU AI Act) entreront en vigueur. Les entreprises dépourvues d’une gouvernance fonctionnelle de l’IA encourent alors des amendes pouvant atteindre 15 millions d’euros.
Le rapport CIO met en lumière une contradiction flagrante : la demande d’IA augmente de façon exponentielle, mais la maturité organisationnelle ne suit pas le rythme. La lacune de gouvernance devient ainsi la plus grande menace pesant sur le retour sur investissement (ROI) de l’IA.
Logicalis CIO Report 2026, Résumé exécutif (mars 2026)
La réponse des DSI face à cette lacune de gouvernance est remarquablement unanime : 94 pour cent prévoient de recourir davantage aux fournisseurs de services gérés (Managed Service Provider, MSP) au cours des deux à trois prochaines années. Il ne s’agit pas d’une simple tendance parmi d’autres. Il s’agit d’un changement de paradigme : les dirigeants informatiques reconnaissent ouvertement qu’ils ne peuvent pas assumer la gouvernance de l’IA en interne.
Pour les entreprises de taille moyenne, il s’agit d’une question stratégique. Qui dispose des meilleurs experts en IA : une équipe interne contrainte de gérer simultanément les activités courantes, ou un MSP spécialisé qui fait de la gouvernance de l’IA sa compétence centrale ? La réponse n’est pas universelle, mais les chiffres indiquent clairement une orientation.
L’envers de la médaille : externaliser la gouvernance de l’IA crée une nouvelle dépendance. Le DSI doit être capable de piloter le MSP – or, c’est précisément ce savoir qui, selon l’étude, fait défaut. La solution ne réside donc pas dans un choix binaire « soit interne, soit externe », mais dans la constitution d’un socle minimal de compétences internes permettant de piloter efficacement les partenaires externes.
Un résultat inattendu de l’étude : seulement 39 pour cent des DSI gèrent activement les impacts environnementaux de leur utilisation de l’IA. À une époque où un seul cycle d’entraînement d’un modèle d’IA peut consommer autant d’énergie que dix foyers sur une année entière, il s’agit d’une véritable zone aveugle stratégique.
Pour les responsables de la Green IT, la gouvernance de l’IA devient dès lors une question ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Celui qui développe l’IA sans mesurer ni réguler sa consommation énergétique s’expose non seulement à des dommages réputationnels, mais aussi à des sanctions réglementaires. La directive CSRD oblige déjà les grandes entreprises à rendre compte de leur empreinte carbone, et l’infrastructure IA constitue un poste en forte croissance dans ce cadre.
Le Logicalis CIO Report 2026 montre que la révolution de l’IA ne bute pas sur la technologie, mais sur sa gouvernance. Un appétit pour l’IA à 94 % face à des compromis de gouvernance à 62 % ne constitue pas une équation durable. Les dirigeants informatiques disposent d’une fenêtre temporelle étroite : d’ici août 2026, les fondations doivent être posées, sinon la lacune de gouvernance se transformera en risque de non-conformité. La bonne nouvelle : l’étude ne se contente pas de décrire le problème, elle indique aussi la voie à suivre. Moins d’auto-suffisance, plus d’expertise externe, et un conseil d’administration qui ne délègue pas l’IA, mais la comprend.
Une enquête mondiale menée auprès de plus de 1 000 DSI, publiée en mars 2026 par Logicalis, un fournisseur international de solutions informatiques. Ce rapport analyse les investissements dans l’IA, les défis de gouvernance et le rôle des fournisseurs de services gérés.
La gouvernance de l’IA englobe l’ensemble des règles, processus et structures permettant aux entreprises de piloter l’utilisation de l’intelligence artificielle. Cela inclut la classification des risques, le contrôle de la qualité des données, le suivi de la conformité, les lignes directrices éthiques et la définition claire des responsabilités.
Les obligations complètes relatives aux systèmes à haut risque du règlement européen sur l’IA (annexe III) entreront en vigueur le 2 août 2026. Les entreprises utilisant des systèmes d’IA à haut risque devront, d’ici cette date, avoir mis en place des évaluations de conformité, des systèmes de gestion des risques et une documentation technique appropriée. Les amendes peuvent atteindre jusqu’à 15 millions d’euros.
Selon l’étude, près de 9 organisations sur 10 manquent de savoir-faire technique interne pour assurer la gouvernance de l’IA. Les MSP offrent une expertise spécialisée que seule une mobilisation importante de recrutement et de formation pourrait reproduire en interne. Cette tendance montre que les DSI reconnaissent que la gouvernance de l’IA ne peut plus être une tâche exclusivement interne.
L’entraînement et l’inférence des modèles d’IA consomment des quantités d’énergie considérables. Seulement 39 % des DSI gèrent activement ces impacts environnementaux. Dans le cadre des obligations de reporting CSRD, les grandes entreprises doivent divulguer leur empreinte carbone. L’infrastructure IA devient ainsi un poste croissant que la gouvernance doit impérativement couvrir.
Source de l’image : Werner Pfennig / Pexels