27.11.2024

Le système de santé allemand est un domaine du quotidien qui est jusqu’ici peu numérisé. Il n’est ni possible de prendre des rendez-vous en ligne de manière généralisée, ni de partager les données de santé entre établissements afin de les exploiter efficacement. Pourtant, la numérisation recèle ici un fort potentiel, comme le montre Dr. Sophie Chung, fondatrice et CEO de Qunomedical, dans son article d’expert.

Achats en ligne, paiement par smartphone au lieu d’espèces ou de carte physique, applications de messagerie, travail en télétravail – presque tous les domaines de notre vie quotidienne comportent aujourd’hui une composante numérique. Nous vivons dans un monde numérisé, habitués que nous sommes au flux rapide et direct d’informations ainsi qu’aux nombreux avantages des services numériques. Pourtant, certains domaines restent jusqu’ici largement en marge de cette révolution numérique.

Young female receptionist talking on phone in clinic while sitting and looking on pc monitor
Der Alltag wird immer digitaler. Doch ausgerechnet im Gesundheitswesen bleibt vieles weiterhin analog und umständlich. (Quelle: Adobe Stock/ japolia).

La communication numérique simple et habituelle prend fin justement au moment où nous sommes malades, alités à la maison. En effet, le contact avec les cabinets médicaux est encore bien trop souvent limité aux appels téléphoniques. Prendre rendez-vous en ligne ? Impossible ! Alors que le nombre de jours d’absence pour cause de maladie atteint des records en Allemagne, et que l’on observe parallèlement une pénurie de médecins, ce système arrive plus que jamais à ses limites.

Tous gagnent avec la numérisation !

Plutôt que de permettre en ligne des centaines de demandes de rendez-vous simultanément, le contact téléphonique en mode un-à-un entrave une prise en charge rapide et efficace des patients. Selon un sondage, plus des deux tiers des Allemands sont ainsi insatisfaits du système de prise de rendez-vous dans le système de santé allemand. Le plus regrettable, c’est que des solutions numériques existent déjà, mais ne sont pas encore mises en œuvre de manière généralisée. Toutefois, la prise de conscience quant aux avantages et bénéfices de la numérisation pour les patients, les cabinets médicaux et les hôpitaux est désormais bien ancrée chez la majorité des acteurs concernés.

Les avantages sont en effet multiples : non seulement les patients obtiennent plus rapidement des rendez-vous avec des spécialistes grâce aux solutions numériques, mais la transmission complète des données patients devient également possible, ce qui revêt une grande importance pour la préparation ou la préqualification à des traitements plus complexes. La disponibilité centralisée et transversale aux établissements d’informations et de documents réduit ainsi le risque d’erreurs de diagnostic et d’incidents thérapeutiques. En outre, patients et médecins peuvent mieux préparer et suivre les consultations, par exemple à l’aide de questionnaires numériques. Les hôpitaux et cabinets médicaux tirent également profit d’une planification numérique de leur charge de travail et des interventions programmées. Ces processus gagnent ainsi considérablement en efficacité, et les ressources peuvent être utilisées de manière plus ciblée. En définitive, cela contribue également à une réduction des coûts pour les caisses d’assurance maladie et les gestionnaires d’établissements. L’objectif est une parcours patient entièrement numérisé, qui se traduise par des patients en meilleure santé et plus satisfaits. Reste que, jusqu’ici, la mise en œuvre fait encore défaut.

La digitalisation est possible – d’autres secteurs en donnent l’exemple

Les systèmes existants dans le secteur de la santé allemand ressemblent en effet à un patchwork d’infrastructures et d’équipements obsolètes. Logiciels et matériels datent parfois encore des années 1980, et la transmission des données ou l’utilisation de services numériques échouent déjà faute d’interopérabilité entre les différents systèmes. Ces derniers fonctionnent par ailleurs souvent en local (on-premise). Les avantages du cloud restent sous-exploités, tandis que la modernisation globale des infrastructures se heurte à un manque de savoir-faire technique, de ressources financières et humaines, ainsi qu’à une absence d’esprit d’innovation. Le renforcement important de la protection des données en Allemagne et en Europe constitue certes un défi, mais s’avère d’une part indispensable face à la sensibilité des informations traitées, et d’autre part nullement un obstacle insurmontable.

Person, die Handy und Bankkarte in der Hand hält.
Viele Bereiche sind heute digital fortgeschritten, doch im Gesundheitswesen zeigt sich weiterhin großer Nachholbedarf. (Bildquelle: Adobe Stock/ Barosanu).

Car des solutions techniques pour relever ces défis sont possibles, comme le montrent d’autres secteurs fortement réglementés. Les données peuvent être numérisées, des interfaces entre différents systèmes peuvent être développées, des normes communes mises en place. Prenons l’exemple du secteur bancaire et financier. Dès il y a plusieurs années, une décision en faveur de la numérisation y avait déjà été prise. Aujourd’hui, nous utilisons tous naturellement la banque en ligne, un système IBAN uniforme s’applique à l’échelle européenne, et la transmission des données s’effectue selon des normes communes en matière de protection des données.

Les conditions préalables à une transformation numérique réussie sont réunies

Des exemples comme celui-ci laissent espérer qu’un changement de système est également possible dans le secteur de la santé, en vue d’une prise en charge numérique centrée sur les patient·e·s. Les conditions sont réunies. Les données diagnostiques sont en effet déjà standardisées, voire mondialement grâce à la classification CIM (Classification internationale des maladies). Il ne manque plus qu’une catégorisation et une étiquetage uniformes des données issues des examens médicaux, comme les IRM, afin de permettre leur association entre différents systèmes. Par ailleurs, le cadre juridique relatif au traitement et à la transmission d’informations sensibles est assuré par les lois européennes et nationales sur la protection des données. Les normes et directives GxP applicables dans toute l’Union européenne garantissent, par exemple, l’intégrité des systèmes informatiques utilisés dans le domaine de la santé, tandis que des réglementations telles que la directive NIS2 établissent des règles pour la cybersécurité efficace des infrastructures critiques.

Ce qu’il faut désormais, c’est l’accord de toutes les parties prenantes sur une stratégie commune de numérisation du système de santé allemand, ainsi que la volonté politique de créer un cadre propice aux investissements, tant publics que privés.

Dans ce cas, on peut espérer qu’un système numérique sera mis en place au cours des prochaines années, conçu autour des patient·e·s et plaçant leur satisfaction au cœur du dispositif. Cela est essentiel pour toutes les parties concernées : des patients satisfaits, des médecins satisfaits. Et c’est uniquement en misant pleinement sur la digitalisation que nous pourrons, à long terme, relever des défis tels que le manque de personnel qualifié, tout en profitant des nouvelles possibilités technologiques, comme le recours à l’intelligence artificielle ou l’utilisation efficace des données de santé dans la recherche.

Crédit de l’image : Adobe Stock/ sakon

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