20.01.2026
7 min de lecture

Le marché allemand des technologies de l’information et de la communication (TIC) devrait croître en 2026 pour atteindre 245,1 milliards d’euros. Les plateformes d’intelligence artificielle (IA) connaissent une explosion de 61 %, tandis que les logiciels cloud progressent de 16 %. Pourtant, le budget informatique diminue dans 24 % des entreprises. Un paradoxe émerge pour les DSI : jamais la technologie n’a été aussi performante, et jamais les budgets n’ont été aussi serrés. Comment les chefs informatiques allemands résolvent-ils cette contradiction ? Et pourquoi leurs décisions d’investissement façonnent-elles l’attractivité du site allemand ?

L’essentiel

  • Marché TIC allemand de 245,1 milliards d’euros en 2026 : l’Allemagne investit 4,4 % de plus qu’en 2025. Les plateformes d’IA croissent de 61 % pour atteindre 4,1 milliards d’euros (Bitkom, 2026).
  • 87 % des DSI augmentent leurs budgets IA : simultanément, 52 % doivent réduire leurs coûts. Le « grand écart » entre exploitation courante (Run) et transformation devient une compétence clé (Gartner CIO Agenda 2026).
  • Rapport DSAG sur les investissements : chez 38 % des entreprises DACH, le budget informatique global augmente ; chez 24 %, il diminue. L’écart se creuse.
  • Gaspillage cloud de 28 à 35 % : la discipline FinOps permet d’économiser 25 à 30 % des coûts cloud et de financer ainsi des projets innovants à partir du budget existant.
  • Allianz réalise des économies à deux chiffres après sortie du mainframe : la migration hors mainframe libère chaque année des millions d’euros pour des investissements en IA. Le paradigme « IA d’abord » (AI-first) remplace désormais « numérique d’abord » (Digital-first).

Le paradoxe : plus de technologie avec moins de budget

Le Rapport DSAG sur les investissements 2026 met en lumière cette scission : chez 38 % des entreprises DACH, le budget informatique global augmente. Il y a deux ans, ce taux était encore de 43 %. En parallèle, le budget diminue chez 24 % des entreprises, contre 18 % il y a deux ans. L’écart se creuse. Certains investissent plus que jamais, d’autres réduisent.

Pour les DSI, cela signifie : la période de croissance budgétaire linéaire est révolue. Selon Gartner, 57 % des DSI sont sous pression pour accroître la productivité, tandis que 52 % doivent simultanément réduire les coûts. Pourtant, 87 % prévoient d’augmenter leurs budgets IA. Cette contradiction ne peut être levée que si les DSI financent leurs dépenses d’innovation non pas avec de nouveaux fonds, mais grâce aux économies réalisées sur le fonctionnement courant.

Ce phénomène n’est pas propre à l’Allemagne. Toutefois, en Allemagne, la chute est plus abrupte, car la situation initiale est plus difficile. Historiquement, les entreprises allemandes ont davantage investi dans le matériel et les infrastructures on-premises que les grands groupes américains. La charge héritée (Legacy-Last) est plus élevée, la migration vers le cloud est plus en retard et les dettes de transformation sont plus profondes. Être DSI en Allemagne implique de moderniser et d’économiser simultanément. Cela exige une qualité de leadership différente de celle requise dans une startup américaine nativement cloud.

245,1 Mrd. EUR
Marché TIC allemand 2026 (+4,4 % vs. 2025)
Source : Bitkom, janvier 2026

Où vont vraiment les 245,1 milliards d’euros

Les chiffres de Bitkom donnent la direction : sur les 245,1 milliards d’euros, 170 milliards sont consacrés aux technologies de l’information (soit +5,8 %) et 75,1 milliards aux télécommunications (soit +1,2 %). Au sein du segment TI, trois domaines sont les principaux moteurs de croissance.

Logiciels : 58,3 milliards d’euros, soit +10,2 %. Les logiciels cloud destinés aux nuages publics atteignent à eux seuls 38,3 milliards d’euros, soit une hausse de 16,4 %. C’est la preuve la plus forte que la migration vers le cloud gagne du terrain en Allemagne, même si elle progresse plus lentement qu’aux États-Unis ou en Scandinavie.

Plateformes d’IA : 4,1 milliards d’euros, soit +61 %. Après une croissance de 62 % l’année précédente. C’est le segment le plus dynamique et, en même temps, celui où le conflit entre exploitation courante (Run) et transformation est le plus manifeste. Les investissements en IA nécessitent une nouvelle infrastructure (grappes GPU, plateformes MLOps) et de nouvelles compétences (ingénierie de prompts, gouvernance des modèles). Ces deux éléments coûtent cher – de l’argent qu’il faut trouver ailleurs.

Infrastructure : Les investissements dans l’infrastructure des télécommunications augmentent de 4,6 % pour atteindre 8,5 milliards d’euros. Ce poste concerne moins directement les budgets des DSI que la base sur laquelle repose tout le reste : la migration vers le cloud, les architectures edge et la production pilotée par les données dépendent toutes de la qualité du réseau.

Selon le KPMG Global Tech Report, 84 % des entreprises mondiales investissent davantage en IA. 68 % souhaitent atteindre d’ici fin 2026 le niveau le plus élevé de maturité IA. Mais seulement 24 % y sont parvenues. L’écart entre ambition et réalité constitue le défi central auquel sont confrontés les DSI.

Trois DSI qui maîtrisent cet équilibre

Allianz : de « numérique d’abord » à « IA d’abord ». Sous la direction d’Axel Schell (CTO et responsable de la transformation), Allianz a achevé sa migration hors mainframe et réalise ainsi des économies annuelles à deux chiffres en millions d’euros. Ce capital libéré alimente un « modèle d’exécution IA d’abord » : plutôt que de mettre en œuvre progressivement des projets numériques, Allianz utilise l’IA pour accélérer radicalement la traduction des besoins métiers en spécifications techniques. Le PDG Oliver Bäte souligne que l’IA raccourcit les phases parallèles systèmes hérités / systèmes nouveaux. Pour le DSI, cela signifie : les économies d’hier financent l’innovation de demain – sans nouveau budget.

Les économies d’hier financent l’innovation de demain – sans nouveau budget.

Modèle Allianz : réaffecter les économies issues du mainframe vers les investissements en IA

Deutsche Telekom : l’infrastructure IA comme plateforme. La Deutsche Telekom investit environ un milliard d’euros dans l’infrastructure IA, notamment 10 000 unités de traitement graphique (GPU) en partenariat avec NVIDIA, pour créer le premier nuage industriel européen souverain dédié à l’IA. Claudia Nemat, jusqu’en octobre 2025 membre du comité de direction chargée de la technologie et de l’innovation, a positionné la Deutsche Telekom comme une « entreprise IA », axée sur les agents IA plutôt que sur le développement de ses propres grands modèles linguistiques. Son successeur Abdu Mudesir poursuit cette stratégie. Dans le contexte des DSI, cela signifie : l’investissement de la Deutsche Telekom abaisse le seuil d’entrée pour d’autres entreprises. Celles qui ne souhaitent pas construire leur propre capacité GPU peuvent désormais l’acquérir en tant que service.

SAP : l’innovation via la stratégie produit. Thomas Saueressig, depuis mars 2026 Chief Customer Officer, poursuit la trajectoire entamée lorsqu’il était CTO : RISE with SAP permet jusqu’à 30 % d’économies pour les clients tout en modernisant simultanément leurs systèmes. Pour les DSI qui exploitent des environnements SAP, c’est la voie la plus élégante pour sortir du dilemme Run/Transform : la migration vers le cloud réduit les coûts d’exploitation tout en modernisant les processus métiers centraux. Aucun budget d’innovation séparé n’est requis.

87 %
des DSI prévoient d’augmenter leurs budgets IA (malgré la pression sur les coûts)
Source : Gartner CIO Agenda 2026

FinOps : le financement de l’innovation déjà inscrit dans le budget

Selon la FinOps Foundation et DataStackHub, 28 à 35 % des dépenses cloud sont consacrées à des ressources inactives (Idle-Ressourcen) et à des instances surdimensionnées (überprovisionierte Instanzen). Sur un budget cloud annuel de 5 millions d’euros, cela représente 1,4 à 1,75 million d’euros de capital gaspillé. Une discipline FinOps structurée permet de réduire ce gaspillage de 25 à 30 %.

Pour les DSI soumis à une forte pression budgétaire, c’est la source de financement la plus attrayante pour les projets innovants : l’argent est déjà inclus dans le budget. Il est simplement mal dépensé. Celui qui prend FinOps au sérieux – et ne la traite pas comme un simple exercice Excel – peut réaffecter des sommes significatives sans avoir besoin de solliciter une seule fois le directeur financier (CFO).

La McKinsey Global Tech Agenda 2026 confirme ce constat : 50 % des entreprises interrogées prévoient une augmentation de leur budget informatique supérieure à 4 %. Mais parmi les meilleurs performers (les 25 % supérieurs en termes de maturité digitale), 28 % prévoient des hausses supérieures à 10 %. Les leaders numériques n’investissent pas moins, mais plus intelligemment. Ils financent leur transformation à partir de la transformation elle-même.

La contre-position : quand la pression budgétaire freine l’innovation

L’interprétation optimiste (« financer l’innovation à partir des économies ») comporte toutefois des limites. Toutes les entreprises ne peuvent pas se permettre l’opération de sortie du mainframe menée par Allianz. Tous les DSI ne bénéficient pas du soutien sans faille du comité de direction pour une migration RISE-with-SAP. Par ailleurs, FinOps suppose l’existence de dépenses cloud substantielles – or, chez de nombreuses PME axées sur les infrastructures on-premises, ce n’est pas le cas.

Le Rapport DSAG révèle l’autre face du tableau : chez 24 % des entreprises, le budget informatique diminue. Ces DSI ne peuvent pas « investir plus intelligemment ». Ils doivent se battre pour maintenir le statu quo. Pour eux, la question n’est pas « Run ou Transform », mais « quels systèmes pouvons-nous encore nous permettre ? ».

Selon KPMG, 53 % des entreprises manquent de talents capables de conduire la transformation digitale. Il s’agit d’un problème fondamental bien plus grave que les contraintes budgétaires : même si les fonds étaient disponibles, il manquerait les personnes capables de les dépenser efficacement. En Allemagne, avec ses 137 000 postes IT vacants (Bitkom), cette pénurie devient une menace stratégique.

Quatre stratégies pour les DSI sous pression budgétaire

1. La modernisation des applications comme modèle d’économie. Selon Gartner, 71 % des DSI citent la modernisation des applications comme priorité absolue. Non pas parce que c’est tendance, mais parce que les applications obsolètes génèrent les coûts d’exploitation les plus élevés. Chaque application héritée migrée vers le cloud ou décommissionnée libère des coûts d’exploitation.

2. Faire passer FinOps du reporting CFO au principe d’architecture. FinOps ne doit pas se limiter à un rapport mensuel. Elle doit être intégrée à l’architecture cloud : auto-scaling, instances réservées (Reserved Instances), tarification à la demande (Spot-Pricing) et arrêt automatisé des ressources. L’automatisation de l’optimisation des coûts permet d’économiser davantage que toute vérification manuelle.

3. Cibler les investissements en IA sur des cas d’usage mesurables. Selon KPMG, 74 % des entreprises affirment que l’IA crée de la valeur métier. Toutefois, seuls 24 % obtiennent un retour sur investissement (ROI) sur plusieurs cas d’usage. L’erreur courante consiste à investir trop largement plutôt que de manière ciblée. Trois cas d’usage avec un ROI démontrable valent mieux que dix preuves de concept (Proof-of-Concepts) sans passage en production.

4. Recourir à des services gérés (Managed Services) plutôt qu’à une infrastructure propre. La Deutsche Telekom, SAP et Siemens proposent de plus en plus d’infrastructures IA et de services de sécurité sous forme de Managed Services. Pour les DSI disposant d’un budget et d’une équipe limités, c’est la possibilité d’accéder à des capacités d’entreprise sans effectuer d’investissements d’entreprise. La question Build vs. Buy n’est plus, en 2026, une question idéologique, mais un calcul économique.

Conclusion

En 2026, les DSI allemands font face à un paradoxe qu’ils ne pourront résoudre que par la discipline. Le marché TIC allemand croît jusqu’à 245,1 milliards d’euros. L’IA explose de 61 %. Pourtant, un quart des entreprises réduit son budget informatique. Les gagnants seront les DSI capables de générer des économies à partir du fonctionnement courant et de réaffecter ces fonds vers l’IA et le cloud, sans attendre de nouveaux crédits budgétaires. Allianz montre la voie avec sa sortie du mainframe, SAP avec RISE, et la Deutsche Telekom avec sa « Cloud IA » en tant que service. Pour le site allemand, cela revêt une importance décisive : si les DSI réussissent cet équilibre, les 735 milliards d’euros de l’initiative « Made-for-Germany » seront injectés dans des infrastructures productives. Sinon, ils resteront de simples promesses PowerPoint sur les diapositives du comité de direction.

Questions fréquentes

Quel pourcentage du budget informatique devrait être alloué à l’innovation ?

La règle empirique est de 50/50 (Run vs. Transform), mais de nombreuses entreprises héritées peinent à atteindre 80/20. Pour les PME, un point de départ réaliste serait 70/30, avec pour objectif d’atteindre 60/40 dans les trois ans. FinOps et la modernisation des applications financent ce basculement.

Quelle est la part typique de l’IA dans le budget informatique ?

Selon les données sectorielles, la part de l’IA/apprentissage automatique (ML) est passée de 2,1 % (2022) à 8,4 % (2025) et devrait atteindre environ 13 % d’ici 2027. Les dépenses liées aux modèles d’intelligence artificielle générative (GenAI) augmentent seules de plus de 80 % en 2026. Le montant absolu dépend du budget total, mais une part inférieure à 5 % est, en 2026, considérée comme en dessous de la moyenne.

Quel niveau de gaspillage cloud FinOps peut-elle réellement éliminer ?

28 à 35 % des dépenses cloud constituent typiquement du gaspillage (Idle, Overprovisioned). Une discipline FinOps structurée permet de le réduire de 25 à 30 %. Sur un budget cloud de 5 millions d’euros, cela représente 350 000 à 525 000 euros par an pouvant être réaffectés à l’innovation.

En quoi les meilleurs performers se distinguent-ils ?

Selon McKinsey, 28 % des meilleurs performers investissent plus de 10 % supplémentaires en TI par rapport à l’année précédente. Environ un tiers privilégie l’innovation de modèles économiques pilotée par la technologie (Tech-led Business Model Innovation), plutôt que la simple recherche d’efficacité. La différence réside dans le fait que les meilleurs performers ne considèrent pas la TI comme un centre de coûts, mais comme un levier de chiffre d’affaires.

Le DSI ou le PDG doit-il décider des investissements en IA ?

Les deux. Le DSI apporte la faisabilité technique, le PDG la pertinence stratégique. Selon KPMG, les entreprises dotées d’une gouvernance IA au niveau du conseil d’administration obtiennent un ROI IA plus élevé. Sans implication du comité de direction, les investissements en IA restent des preuves de concept. Sans expertise du DSI, ils deviennent des mauvais investissements.

Lectures complémentaires

Board Governance : Compétences numériques au sein du conseil d’administration (Digital Chiefs)

« Made for Germany » : 735 milliards d’euros d’investissements pour le site (Digital Chiefs)

Reboot Germany : 735 milliards d’euros et les PME (MyBusinessFuture)

Zero Trust comme facteur d’attractivité du site (SecurityToday)

Source de l’image : Pexels / fauxels (px:3182812)

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