IA locale : la gouvernance avant l’achat de matériel
Benedikt Langer
10 min de lectureQuatre évolutions en deux semaines montrent que l’IA opérée en local va bien au-delà ...
Comme il y a cinq ans, l’association eco anticipe une croissance soutenue de l’économie numérique allemande d’ici 2030. La révolution de l’IA devrait être un moteur de cette évolution, tandis que la pénurie énergétique pourrait freiner la dynamique, indique la nouvelle étude.Tous les cinq ans, l’association eco (Verband der Internetwirtschaft e.V. – Association de l’économie Internet en Allemagne) et le cabinet de conseil Arthur D. Little analysent les perspectives de développement de l’économie numérique allemande pour les années à venir. Entre 2020 et 2025, les deux partenaires tablaient, malgré la pandémie de Covid-19, sur une hausse du chiffre d’affaires de près de 75 %, pour atteindre environ 253 milliards d’euros, rappelle IT-Business. L’accent était alors mis sur le dynamisme du secteur du e-commerce et sur le développement des infrastructures numériques.
Pour la période 2025-2030, l’association eco prévoit un taux de croissance annuel moyen de près de 10 % pour l’économie numérique allemande, avec un chiffre d’affaires attendu de 389 milliards d’euros. Les modèles de transactions et de plateformes numériques devraient générer près de 40 % des revenus. Le marché des services technologiques contribuera également de manière significative à cette croissance, tout comme l’intelligence artificielle (IA), dont l’impact devrait s’intensifier. Les priorités d’ici 2030 incluront le développement des centres de données et des réseaux de télécommunications.
Le « bilan réaliste » des prévisions issues de l’étude menée en 2020 révèle que le volume du marché de l’économie numérique allemande s’élevait en 2024 à environ 221 milliards d’euros, soit à peine cinq pour cent de moins que les 232 milliards d’euros anticipés à l’époque.
L’écart est plus marqué par rapport à l’étude eco/ADL de 2023, qui tablait pour 2024 sur un volume de marché de 251 milliards d’euros – soit environ 13,3 % de plus que la valeur effectivement constatée. Cette étude partait alors de l’hypothèse d’un véritable bond de la numérisation, porté par l’intelligence artificielle générative (GenAI). Si l’effet de l’IA s’est bien fait sentir, il s’est déployé plus lentement que prévu, selon les conclusions de la nouvelle étude. Les auteurs du rapport et l’IT-Branchenverband Bitkom (fédération professionnelle allemande des technologies de l’information, des télécommunications et des nouveaux médias) soulignent que les nouvelles technologies comme la GenAI, l’Edge Computing (traitement des données en périphérie de réseau) et la 5G augmentent les exigences en matière de puissance de calcul, d’efficacité énergétique, de disponibilité des données et de latence des réseaux.
Légende : Analyse des écarts entre prévisions et réalité du marché numérique allemand.
Par ailleurs, l’entraînement des modèles d’IA modernes nécessite des ressources colossales, tout en exigeant des efforts supplémentaires pour atteindre les objectifs politiques fixés : une couverture nationale en fibre optique et en 5G d’ici à 2030. Sur ce point, le partenaire d’ADL, le Dr Nejc Jakobin, émet des doutes et se montre « plutôt sceptique quant à la faisabilité de ce calendrier ». Selon lui, la réalisation de ces objectifs prendra nettement plus de temps.
L’IA, et en particulier l’IA générative (GenAI), aurait déclenché une véritable vague d’innovations. Dans le même temps, les entreprises subissent une forte pression liée à des considérations financières. « Nous observons également une quête accrue de souveraineté de la part des entreprises, qui souhaitent disposer de davantage d’options concernant leurs environnements cloud », explique Jakopin.
Lars Riegel, associé chez Arthur D. Little (cabinet de conseil en stratégie basé en Allemagne et présent dans la région DACH), constate par ailleurs une concurrence de plus en plus « brutale » dans le domaine des infrastructures numériques. Le fait que de nombreuses entreprises considèrent les investissements dans l’IA comme essentiels l’inquiète également. Après tout, les clients exigeront à l’avenir une fourniture durable des ressources.
Jakopin souligne également que « de nombreux exploitants de centres de données se trouvent tiraillés entre les opportunités de croissance et les contraintes liées à la pénurie d’énergie ». Ce dilemme représente l’un des plus grands défis auxquels ils sont confrontés.
L’association eco souligne également les défis majeurs auxquels sont confrontés les opérateurs de réseaux en fibre optique. Bien que ces derniers soient considérés comme un moteur de croissance pour le secteur des TIC (technologies de l’information et de la communication) et l’économie allemande dans son ensemble, les dirigeants de ces entreprises doivent faire face à des exigences complexes. Leur résolution nécessite des mesures ciblées pour développer à temps et de manière durable l’infrastructure des centres de données (RZ) et des télécommunications (TK) du pays.
Parmi ces mesures figurent la réduction des coûts énergétiques, l’accélération des procédures d’autorisation, des incitations ciblées à l’investissement, une utilisation facilitée de la chaleur résiduelle, le marketing des sites et la gestion des clusters, ainsi qu’un dialogue étroit entre le secteur et les responsables politiques.
En matière de 5G, la République fédérale affiche quant à elle une couverture quasi totale, à hauteur de 98 %, ce qui la place au même niveau que d’autres pays industrialisés comme le Royaume-Uni et les États-Unis.En ce qui concerne les raccordements en fibre optique jusqu’au domicile ou au bâtiment (Fiber to the Home/Building, FTTH/B), l’Allemagne accuse un retard avec un taux de 42 %, contre 69 % en moyenne dans l’Union européenne. L’Italie atteint 64 %, le Royaume-Uni 71 %, et la France même 90 %. La pression s’accentue donc en Allemagne, où il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de la fibre optique. En matière de connexions haut débit, des besoins évidents d’amélioration et d’investissement persistent. Le respect de la promesse allemande d’un réseau gigabit dépendra également d’un renforcement des investissements privés.
En matière d’utilisation de l’intelligence artificielle, les petites et moyennes entreprises (PME) allemandes ne s’en sortent pas si mal, avec un taux d’adoption de 28 %, contre 21 % en moyenne dans l’Union européenne. La Norvège, en revanche, affiche un taux bien plus élevé, à 41 %. Et l’écart se creuse encore davantage chez les grandes entreprises : 63 % en Norvège contre 48 % en Allemagne.
Dans l’ensemble, l’économie numérique reste un moteur de croissance dynamique pour l’économie allemande d’ici 2030. Selon l’association eco, les services cloud et les plateformes, les applications pilotées par l’IA et les industries gourmandes en données constituent les principaux leviers de cette évolution. L’étude confirme par ailleurs que l’écosystème numérique continue de se développer plus rapidement que tous les autres secteurs. « Il renforce ainsi son rôle de secteur clé pour l’innovation, la compétitivité et la création de valeur résiliente en Allemagne », conclut le rapport.
Pour Oliver Süme, président du conseil d’administration de l’association eco, « c’est un signal positif que l’économie numérique allemande croisse plus vite que l’économie dans son ensemble ». Les canaux digitaux jouent donc un rôle stratégique majeur, en tant que « système cardiovasculaire de l’économie allemande ».
Source de l’image d’en-tête : Adobe Stock / Bassmallah
Le « bilan réaliste » des prévisions issues de l’étude de 2020 révèle que le volume du marché de l’économie numérique allemande s’élevait en 2024 à environ 221 milliards d’euros, soit seulement cinq pour cent de moins que les 232 milliards d’euros initialement prévus.
L’intelligence artificielle (IA), et en particulier l’IA générative (GenAI), a déclenché une vague d’innovations. Dans le même temps, les entreprises subissent une forte pression financière. « Nous observons par ailleurs une quête accrue de souveraineté de la part des entreprises, qui cherchent à élargir leurs options en matière de […] »
L’association eco souligne que les opérateurs de réseaux en fibre optique font face à des défis majeurs. Bien que ces réseaux soient considérés comme un moteur de croissance pour le secteur des TIC (technologies de l’information et de la communication) et pour l’ensemble de l’économie allemande, les dirigeants de ces entreprises doivent composer avec des exigences complexes. Leur résolution nécessite des mesures ciblées […]
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